Radio-embolisation Y90 (SIRT) : principe physique et indications hépatiques
Tout comprendre sur la radio-embolisation sélective interne par microsphères d'Yttrium-90 : fonctionnement, work-up dosimétrique, traitement et suivi à Cochin AP-HP
Le programme de radio-embolisation Y90 de Cochin AP-HP est l'un des plus actifs en France. Il associe la Radiologie Interventionnelle (Pr Dohan) et la Médecine Nucléaire (Dr Dechmi, Mme Forbes physicien) dans un protocole de dosimétrie personnalisée à l'échelle du patient.
Réponse rapide
L'Yttrium-90, radionucléide bêta-émetteur, est chargé dans des microsphères de résine ou de verre puis injecté par voie intra-artérielle hépatique. Ces microsphères se logent dans la microvascularisation tumorale et délivrent une irradiation interne ciblée à la tumeur du foie.
Principe physique du Y90
L'Yttrium-90 est un radionucléide bêta-émetteur pur. Chargé dans des microsphères de résine (SIR-Spheres) ou de verre (TheraSphere), il est injecté par voie intra-artérielle hépatique. Les microsphères se logent dans la microvascularisation tumorale et délivrent une irradiation locale de 80 à 150 Gy sur un rayon de quelques millimètres, épargnant les tissus adjacents.
La demi-vie du Y90 est de 64 heures. L'essentiel de la dose est délivré en 10-14 jours.
Artériographie hépatique + injection de macro-agrégats d'albumine marqués au Technétium-99m (MAA-Tc99m). Scintigraphie TEMP/TDM à 2h : cartographie de la distribution artérielle et mesure du shunt hépatopulmonaire (< 20 % requis).
Calcul de l'activité de Y90 à injecter (Gbq) par le physicien et le médecin nucléaire (Mme Forbes, Dr Dechmi) en fonction du volume tumoral, du parenchyme sain et du shunt mesuré.
Injection intra-artérielle des microsphères Y90 sous contrôle angiographique. Durée : 1h. Hospitalisation 1 nuit. Précautions de radioprotection légères (Y90 = émetteur bêta pur, pas de rayonnement gamma).
IRM hépatique à 3 mois (réponse tumorale par mRECIST). PET-scan au 90Y possible à J4 pour cartographie de dépôt. Bilan hépatique de surveillance.
Indications
La radio-embolisation est indiquée dans le traitement des tumeurs primitives du foie (carcinome hépatocellulaire, cholangiocarcinome) et des métastases hépatiques, lorsqu'un contrôle locorégional de la maladie est recherché et qu'il existe une vascularisation tumorale exclusive permettant le geste. L'indication est posée en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP).
Avantages de la technique
- Geste très peu invasif : simple ponction artérielle (pli de l'aine ou poignet), sans ouverture de l'abdomen
- Très peu toxique pour le reste du corps : le produit radioactif n'est injecté que dans la tumeur, épargnant le parenchyme sain
- Suites opératoires simples, sans point de suture ni cicatrice
- Reprise des activités habituelles généralement quelques jours après l'intervention
Comment se préparer ?
Avant l'intervention, il est nécessaire de :
- Arrêter tout traitement anticoagulant ou antiagrégant (Sintrom, Previscan, Coumadine, Eliquis, Pradaxa, Xarelto, Plavix...) selon le protocole personnalisé expliqué en consultation
- Réaliser une prise de sang au moins 2 jours avant l'examen (bilan de coagulation, numération formule sanguine)
- Signaler tout antécédent de réaction allergique, même mineure
Le jour de l'intervention : douche bétadinée la veille et le matin, et être à jeun au moins 8 heures avant le geste (sans boire, manger ni fumer).
Après la procédure : jeûne de 4 à 6 heures, pansement compressif au pli de l'aine pendant 12 heures, surveillance attentive par l'équipe soignante. Sauf complication, l'hospitalisation complète dure au maximum 1 nuit, avec remise d'une feuille de consignes de sortie. La reprise du mode de vie habituel se fait sans précaution particulière.
Effets secondaires et complications possibles
Tout acte médical comporte un risque de complication, même réalisé dans des conditions optimales de compétence et de sécurité. Les plus fréquents après radio-embolisation hépatique :
- Fatigue : fréquemment ressentie dans les jours suivant le traitement, pouvant persister jusqu'à 4 semaines
- Hématome au point de ponction : risque limité par la pression exercée en fin de procédure et le pansement compressif
- Risques liés au produit de contraste iodé : allergie, insuffisance rénale — dépistés en amont par interrogatoire et prise de sang (créatinine)
Plus rarement : insuffisance hépato-cellulaire transitoire en cas de cirrhose sous-jacente, ou irradiation en dehors du foie en cas de mauvais ciblage lors de l'injection (raison pour laquelle le work-up et la scintigraphie de vérification sont systématiques avant traitement).
Questions fréquentes
Quelle différence entre TACE et Y90 ?
Le Y90 peut-il traiter des métastases hépatiques ?
Le Y90 est-il radioactif pour l'entourage ?
Programme complet de radio-embolisation Y90 : formulaires, contacts, deroulement.
Références scientifiques
Guiu B, Bailly C, Vibert E, et al. (dont Dohan A). EClinicalMedicine 2026;95:103884. Étude nationale française, 989 patients, 34 centres.
Cassinotto C, Dohan A, et al. Diagn Interv Imaging 2022;103(3):125-126.
Pourquoi cette page est fiable
Rédigée par l'équipe de Radiologie Interventionnelle de l'Hôpital Cochin AP-HP, Université Paris Cité. Relecture médicale par un radiologue interventionnel du service. Dernière mise à jour : juillet 2026.
