🇫🇷 FR
Hôpital Cochin – Port-Royal · AP-HP · Université Paris Cité
Radiologie Interventionnelle Hôpital Cochin ri.cch@aphp.fr 🇬🇧 EN
Radiologie Interventionnelle
Hôpital Cochin Port-Royal AP-HP AP-HP
Radiologie Interventionnelle

Hôpital Cochin · AP-HP · Université Paris Cité

🩸 Urgence hémorragique

Hématome musculaire spontané : traitement par embolisation

Prise en charge endovasculaire, souvent chez les patients sous anticoagulants — alternative à la chirurgie

Qu'est-ce qu'un hématome musculaire spontané ?

Un hématome musculaire spontané est un saignement à l'intérieur d'un muscle survenant sans traumatisme identifié, le plus souvent chez un patient sous traitement anticoagulant. Il se manifeste par une douleur brutale, un gonflement et parfois des ecchymoses, et peut entraîner une anémie nécessitant une prise en charge urgente. C'est une pathologie fréquente du fait de l'usage extensif des anticoagulants et antiagrégants plaquettaires, avec un impact significatif en termes de morbi-mortalité et de coûts de santé.

On distingue deux situations : les petits hématomes, relevant le plus souvent d'un traitement conservateur (correction de l'hémostase, remplissage, transfusion), et les hématomes graves menaçant le pronostic vital, avec possibilité de fuite active, qui posent la question du traitement endovasculaire.

Quand le saignement persiste ou s'aggrave malgré la correction du bilan de coagulation, l'embolisation percutanée de l'artère responsable permet un contrôle rapide, par un cathéter introduit par simple ponction, sans chirurgie.

Localisations et vascularisation

Deux localisations principales concentrent la grande majorité des cas :

  • Psoas iliaque (≈ 50 %) — vascularisé principalement par les artères lombaires et l'artère ilio-lombaire
  • Paroi abdominale antérieure (≈ 40 %) — vascularisée par l'artère épigastrique inférieure et l'artère circonflexe iliaque ascendante
  • Autres localisations (≈ 5 %) — cuisse, région pectorale, fessier

L'absence de fascia transversalis sous la ligne arquée de la paroi abdominale explique la possibilité de diffusion intra-péritonéale de certains hématomes de la paroi.

Rôle de l'angioscanner

L'angioscanner (acquisition sans injection puis multiphasique, débit d'injection > 3,5 mL/s) permet un diagnostic positif et topographique précis, y compris chez les patients à la fonction rénale limite. Il aide à poser l'indication précocement et à planifier le geste en identifiant les pédicules artériels responsables avant même l'artériographie.

Sur une série de 30 patients avec angioscanner injecté, la concordance entre le scanner et l'artériographie pour la localisation de la fuite active était excellente (kappa = 0,75), avec une concordance parfaite du site de saignement dans la grande majorité des cas.

Matériel d'embolisation et résultats — Chiffres clés

Plusieurs matériels d'embolisation peuvent être utilisés selon la situation : le Gelfoam® (matériel résorbable) reste le plus largement utilisé, avec de bons résultats. Les micro-coils (matériel définitif) offrent efficacité, rapidité et sécurité de déploiement, mais doivent être largués en amont et en aval du site de saignement pour limiter le risque de récidive.

Critère Données
Population typeÂge moyen 68 ans (19-93) ; 61 % de femmes ; 81 % sous anticoagulants
Localisation principalePsoas iliaque (≈ 50 %), paroi abdominale antérieure (≈ 40 %)
Succès clinique de l'embolisation93 % (revue systématique, 63 études, 267 patients)
Saignement actif visible en artériographie86 % des cas ; concordance avec l'angioscanner : 84 %
Taux de récidive après embolisation9 % ; une 2e embolisation permet la stabilisation dans 75 % des cas de récidive
Complications de l'embolisationRares (nécrose cutanée notamment rapportée)
Facteurs de mauvais pronosticLocalisation rétropéritonéale, volume de l'hématome, gravité initiale (score SAPS II)
Prise en chargeRemboursée par l'Assurance Maladie à Cochin AP-HP — zéro dépassement d'honoraires

La mortalité globale de cette pathologie reste élevée du fait du terrain souvent fragile des patients concernés (âge avancé, comorbidités, anticoagulation) — elle reflète la gravité du terrain plus que celle du geste d'embolisation lui-même, qui demeure une option sûre et efficace face à une alternative chirurgicale souvent plus lourde chez ces patients.

Sources : Dohan A, Sapoval M, Chousterman BG, di Primio M, Guerot E, Pellerin O. « Spontaneous soft-tissue hemorrhage in anticoagulated patients: safety and efficacy of embolization. » AJR Am J Roentgenol. 2015;204(6):1303-10. PMID 26001242 ; Touma L, Cohen S, Cassinotto C, Reinhold C, Barkun A, Tran VT, Banon O, Valenti D, Gallix B, Dohan A. « Transcatheter Arterial Embolization of Spontaneous Soft Tissue Hematomas: A Systematic Review. » Cardiovasc Intervent Radiol. 2019;42(3):335-343. PMID 30327927 ; Barral M, Pellerin O, Tran VT, Gallix B, Boucher LM, Valenti D, Sapoval M, Soyer P, Dohan A. « Predictors of Mortality from Spontaneous Soft-Tissue Hematomas in a Large Multicenter Cohort Who Underwent Percutaneous Transarterial Embolization. » Radiology. 2019;291(1):250-258 ; Dohan A, Darnige L, Sapoval M, Pellerin O. « Spontaneous soft tissue hematomas. » Diagn Interv Imaging. 2015;96(7-8):789-96. PMID 26066549 ; Moyne T, Cerasuolo D, Dohan A, et al. « Clinical, Laboratory, and Imaging Characteristics of Spontaneous Soft-Tissue Hematomas. » Cardiovasc Intervent Radiol. 2026;49(7). Cette thématique fait l'objet d'un travail de recherche continu de l'équipe depuis 2015. Données validées par l'équipe du Pr Anthony Dohan, Département de Radiologie Interventionnelle, Hôpital Cochin AP-HP, Université Paris Cité.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un hématome musculaire spontané ? +
C'est un saignement à l'intérieur d'un muscle, survenant sans traumatisme identifié, le plus souvent chez un patient sous traitement anticoagulant. Il peut provoquer une douleur brutale, un gonflement et parfois une anémie.
Comment traite-t-on un hématome musculaire spontané ? +
Quand le saignement persiste ou s'aggrave malgré la correction de la coagulation, l'embolisation percutanée de l'artère responsable permet de l'arrêter rapidement, sans chirurgie.
Faut-il arrêter les anticoagulants avant l'embolisation ? +
La décision est prise au cas par cas avec le médecin prescripteur, en pesant le risque hémorragique et le risque thrombotique lié à l'arrêt du traitement.

Voir aussi