Réponse rapide
L'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) touche un homme sur deux après 60 ans, provoquant des troubles urinaires par compression de l'urètre. L'embolisation des artères prostatiques traite ces symptômes sans chirurgie, en préservant l'éjaculation, contrairement aux techniques chirurgicales classiques.
📖 Qu'est-ce que l'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) ?
L'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP), également appelée adénome prostatique, est une augmentation non cancéreuse du volume de la glande prostatique. Elle touche 1 homme sur 2 après 60 ans et jusqu'à 90 % des hommes après 80 ans. En comprimant l'urètre, elle provoque des troubles urinaires invalidants : jet faible, envies fréquentes et urgentes, réveils nocturnes (nycturie), sensation de vidange incomplète.
L'embolisation des artères prostatiques (EAP) est une technique mini-invasive qui réduit l'apport sanguin de la prostate, entraînant une diminution progressive de son volume et une amélioration des symptômes urinaires dans plus de 80 % des cas — sans chirurgie, sans incision, sans risque d'éjaculation rétrograde ni d'impuissance.
⚡ L'embolisation de la prostate en bref — Chiffres clés
Définition : l'embolisation des artères prostatiques (EAP, ou PAE en anglais) est un traitement de l'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) réalisé par un radiologue interventionnel, sans chirurgie : des microbilles injectées par un cathéter réduisent l'irrigation sanguine de la prostate, qui diminue de volume en quelques semaines à quelques mois.
| Critère | Embolisation prostatique (EAP) |
|---|---|
| Efficacité sur les symptômes urinaires | Amélioration dans 80 à 90 % des cas (baisse du score IPSS de 10 à 15 points en moyenne) |
| Réduction du volume prostatique | 30 à 40 % à 12 mois |
| Éjaculation | Préservée — pas d'éjaculation rétrograde (contrairement à la résection TURP : 65-75 % d'éjaculation rétrograde) |
| Anesthésie / hospitalisation | Anesthésie locale, ambulatoire (retour à domicile le jour même) |
| Volume prostatique éligible | À partir de 40-50 mL, particulièrement adaptée aux très grosses prostates (> 80-100 mL) |
| Récidive / retraitement | 15 à 25 % à 5 ans — une nouvelle embolisation ou une chirurgie restent possibles |
| Prise en charge | Remboursée par l'Assurance Maladie à l'hôpital Cochin AP-HP — zéro dépassement d'honoraires |
Sources : recommandations de l'Association Française d'Urologie (AFU) et de l'EAU (European Association of Urology) ; études UK-ROPE, essai randomisé suisse (Abt et al., BMJ 2018). Données validées par l'équipe du Pr Anthony Dohan, Département de Radiologie Interventionnelle, Hôpital Cochin AP-HP, Université Paris Cité.
Quels sont les bénéfices attendus de l'embolisation ?
L'embolisation des artères prostatiques (EAP) peut être proposée en alternative à la chirurgie pour les troubles urinaires liés à l'hypertrophie bénigne de la prostate (HBP). Cette technique ne retire pas de tissu prostatique mais réduit le volume de la glande en bloquant son irrigation, avec les bénéfices attendus suivants :
- Amélioration des symptômes urinaires : jet plus fort, diminution des envies fréquentes et des réveils nocturnes
- Réduction du volume prostatique de 20 à 40 % à 6 mois
- Préservation de la fonction sexuelle : pas d'éjaculation rétrograde, érections préservées dans plus de 95 % des cas
- Pas d'incision, pas de cicatrice
- Ambulatoire ou courte hospitalisation, reprise des activités en 24 à 48h
- Alternative pour les patients à risque chirurgical élevé ou sous anticoagulants
À qui s'adresse cette méthode ?
- Hommes souffrant de symptômes urinaires obstructifs liés à une HBP
- Volume prostatique généralement ≥ 40 mL
- Échec ou intolérance aux traitements médicamenteux (alpha-bloquants, inhibiteurs de la 5-alpha-réductase)
- Refus ou contre-indication à la chirurgie
- Patients sous anticoagulants ne pouvant être interrompus
Note : L'indication est posée en concertation avec l'urologue après bilan urodynamique et IRM prostatique.
Principes et déroulement de la procédure
L'embolisation des artères prostatiques utilise la voie naturelle des vaisseaux sanguins pour atteindre la prostate sans chirurgie. Sous guidage radiologique (cone-beam CT), un cathéter très fin est progressé jusqu'aux artères prostatiques, des branches très fines et parfois sinueuses, ce qui rend le cathétérisme techniquement minutieux. De petites microsphères sont ensuite injectées de façon bilatérale, bloquant l'irrigation de la prostate. Privée d'une partie de son apport sanguin, la prostate réduit progressivement de volume sur plusieurs semaines à mois, diminuant la compression de l'urètre.
Pour l'embolisation de la prostate, nos radiologues privilégient la voie radiale (poignet) lorsque l'anatomie le permet, avec un repli vers la voie fémorale (aine) si nécessaire. Avantages de la voie radiale : levée immédiate après la procédure, pas de décubitus strict, retour à domicile facilité, moindre risque d'hématome. Le choix définitif est fait par le radiologue le jour de la procédure selon l'anatomie artérielle.
Le jour de la procédure — étape par étape
Hospitalisation courte (1 à 2 jours). Anesthésie locale et sédation dans la majorité des cas ; anesthésie générale possible à la demande
Accès artériel par le poignet (voie radiale privilégiée) ou l'aine (voie fémorale)
Cathétérisme super-sélectif des artères prostatiques sous guidage radiologique (cone-beam CT)
Injection bilatérale de microsphères dans les artères prostatiques
Durée totale : 1h30 à 3h selon l'anatomie. Surveillance post-procédure
Quelles sont les suites ?
Effets attendus et transitoires :
- Syndrome post-embolisation : brûlures urinaires, dysurie (difficulté à uriner), traces de sang dans les urines, le sperme ou les selles, dans les premiers jours — normal et attendu
- Traitement antibiotique prescrit (antibioprophylaxie, environ 5 jours) — à prendre dès le retour à domicile
- Alpha-bloquants à poursuivre (Alfuzosine, Tamsulosine…) pendant au minimum 3 mois après le geste
- Amélioration du débit urinaire progressive sur 1 à 3 mois
- Reprise des activités dès le lendemain dans la plupart des cas
Les complications sont les suivantes :
| Complication | Description | Fréquence |
|---|---|---|
| Syndrome post-embolisation | Brûlures urinaires, dysurie transitoire, sang dans les urines/sperme/selles pendant quelques jours | Fréquent |
| Rétention urinaire transitoire | Peut nécessiter la pose temporaire d'une sonde urinaire | 5–10 % |
| Échec technique (anatomie artérielle défavorable, athérome sévère) | Une alternative chirurgicale ou médicamenteuse est alors discutée | 5–10 % |
| Infection urinaire | Traitée par antibiothérapie adaptée | < 3 % |
| Ulcération vésicale ou urétrale par migration de microsphères | Exceptionnelle, peut nécessiter un traitement endoscopique | < 1 % |
| Hématome au point de ponction | Résorption spontanée en quelques semaines | < 1 % |
⚠️ En cas de fièvre > 38,5°C persistante, de rétention urinaire complète, ou de douleurs intenses, contactez rapidement le service : 01 58 41 46 12.
Vie quotidienne après l'intervention
| Question pratique | Réponse |
|---|---|
| Arrêt de travail | Généralement 2 à 5 jours selon l'activité professionnelle |
| Conduire | Possible dès le lendemain si vous ne ressentez plus d'effet de la sédation |
| Sport / effort physique | Reprise progressive après quelques jours ; éviter le vélo et les efforts intenses pendant 1 semaine |
| Vie sexuelle | Contrairement à la chirurgie (RTUP), l'embolisation préserve généralement la fonction érectile et l'éjaculation ; reprise possible dès disparition des saignements dans le sperme |
| Alcool / boissons irritantes | À limiter les premiers jours (café, alcool, épices) le temps de la résorption du syndrome post-embolisation |
| Voyage en avion | Pas de contre-indication particulière après la première semaine, sous réserve de l'absence de complication |
Suivi après le traitement
- Contrôle ECBU avant la procédure ; à distance si symptômes urinaires persistants
- Suivi par votre urologue à 1, 3 et 6 mois avec débitmétrie et score IPSS
- Une seconde embolisation ou la chirurgie restent possibles en cas de résultat insuffisant
Quelles sont les limites du traitement ?
L'embolisation entraîne une réduction de volume de la prostate mais pas son ablation. Une surveillance reste recommandée :
- Dans 5 à 10 % des cas, le cathétérisme des artères prostatiques est techniquement impossible (anatomie défavorable, athérome) — la procédure ne peut alors pas être réalisée
- L'amélioration des symptômes est progressive sur plusieurs mois, contrairement à la chirurgie dont l'effet est immédiat
- En cas de résultat insuffisant, une seconde embolisation ou la chirurgie restent possibles
Dans tous les cas, il vous sera toujours possible d'opter pour la chirurgie.
Quelles sont les autres techniques et alternatives possibles ?
🏥 Résection trans-urétrale (RTUP)
Traitement de référence de l'HBP : ablation endoscopique du tissu prostatique en excès, par les voies naturelles, sous anesthésie générale ou rachianesthésie. Résultats immédiats et durables, mais avec un risque d'éjaculation rétrograde dans 65 à 75 % des cas et nécessite une sonde urinaire pendant 24 à 48h.
🏥 Adénomectomie / Laser (HoLEP)
Pour les très grosses prostates (> 80-100 mL), l'adénomectomie chirurgicale ou l'énucléation au laser (HoLEP) retirent la totalité de l'adénome. Résultats très durables mais hospitalisation plus longue et risque d'éjaculation rétrograde comparable à la RTUP.
💊 Traitements médicamenteux
Les alpha-bloquants (Tamsulosine, Alfuzosine) relâchent les fibres musculaires de la prostate et améliorent rapidement le débit urinaire. Les inhibiteurs de la 5-alpha-réductase (Finastéride, Dutastéride) réduisent le volume prostatique sur plusieurs mois mais peuvent causer une baisse de la libido. Traitement de première intention pour les symptômes légers à modérés.
👁️ Simple surveillance
Une HBP avec des symptômes légers et un score IPSS faible peut ne nécessiter aucun traitement dans l'immédiat, avec une surveillance régulière (score IPSS, débitmétrie, PSA).
Selon votre cas, la technique paraissant la plus appropriée vous sera proposée et discutée lors de la consultation, en concertation avec votre urologue.
Que se passe-t-il si je refuse finalement le traitement par embolisation ?
Vous restez entièrement libre de votre décision, y compris le jour de la procédure. Votre médecin discutera avec vous de la prise en charge la plus adaptée parmi les alternatives décrites ci-dessus : traitement médicamenteux, RTUP, adénomectomie/laser, ou simple surveillance.
Symptômes fréquents de l'HBP
- Envies fréquentes d'uriner (de jour et de nuit : nycturie)
- Envies urgentes difficiles à différer
- Jet urinaire faible, intermittent ou difficile à démarrer
- Sensation de vidange incomplète de la vessie
- Dans les cas sévères : rétention aiguë d'urine nécessitant une sonde
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L'embolisation des artères prostatiques est réalisée en étroite collaboration avec le Service d'Urologie de l'hôpital Cochin, l'un des meilleurs services d'urologie de France (31e mondial, 2e français : classement World's Best Hospitals 2025). La décision de traitement est prise de façon multidisciplinaire lors de nos RCP communes.
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💊 Suites après l'embolisation — Ce qu'il faut savoir
L'embolisation provoque une ischémie du tissu prostatique (arrêt partiel de sa vascularisation) qui entraîne une réaction inflammatoire locale transitoire : c'est le syndrome post-embolisation. Il est attendu et temporaire.
🔴 Symptômes normaux (3 à 5 jours)
- Brûlures et gêne en urinant (dysurie)
- Envies fréquentes d'uriner
- Légère fièvre (< 38,5°C)
- Sang léger dans les urines ou le sperme
✅ Traitement antalgique prescrit
- Ibuprofène + paracétamol en alternance
- Antibioprophylaxie selon prescription
- Alpha-bloquants maintenus 3 mois minimum
- Retour possible à domicile dès J0 ou J1
❓ Questions fréquentes
Les délais de rendez-vous sont-ils longs ?
Vais-je avoir mal ?
Puis-je conduire après l'intervention ?
Dois-je arrêter mes anticoagulants ?
Puis-je manger avant l'intervention ?
Quand puis-je reprendre le travail ?
L'embolisation de la prostate est-elle efficace ?
Embolisation de la prostate ou chirurgie (TURP, laser) : que choisir ?
L'embolisation de la prostate est-elle remboursée en France ?
Quels sont les effets secondaires de l'embolisation de la prostate ?
Peut-on refaire une embolisation en cas de récidive ?
À partir de quel volume de prostate peut-on faire une embolisation ?
L'embolisation de la prostate fait-elle baisser le PSA ?
L'embolisation de la prostate préserve-t-elle la fonction sexuelle ?
Combien de temps faut-il pour voir les résultats de l'embolisation de la prostate ?
Quel est le risque de rétention urinaire après l'embolisation ?
Que se passe-t-il si l'embolisation de la prostate échoue techniquement ?
Que se passe-t-il si je refuse finalement l'embolisation de la prostate ?
Une lettre médicale est-elle nécessaire ?
🔗 Voir aussi
- Rétention aiguë d'urine : que faire ? →
- Centre d'embolisation de la prostate — Cochin AP-HP →
- ⚠️ Cancer de la prostate (différent de l'adénome) →
- Hypertrophie bénigne de la prostate (HBP) : définition et symptômes →
- Technique de l'embolisation prostatique en détail →
- Résultats de l'embolisation de la prostate : études et chiffres →
- Embolisation vs chirurgie (TURP, laser) : comparatif complet →
- Score IPSS : évaluer la sévérité de vos symptômes urinaires →
- Questionnaire IPSS en ligne →
📚 Références scientifiques
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Pisco JM, Pinheiro LC, Bilhim T, Duarte M, Rio Tinto H, Fernandes L, Vaz Santos V, Oliveira AG. Radiology 2013;266(2):668-677.
Barat M, Jannot AS, Dohan A, Soyer P. Diagn Interv Imaging 2022;103:571-573.
Barat M, Boeken T, Moussa N, Di Gaeta A, Déan C, Thioun N, et al. Cardiovasc Intervent Radiol. 2020;43:1498-1504.
Barral M, Gardavaud F, Lassalle L, Ammar MB, Najdawi M, Razakamanantsoa L, et al. Eur Radiol. 2021;31:6471-6479.
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Rédigée par l'équipe de Radiologie Interventionnelle de l'Hôpital Cochin AP-HP, Université Paris Cité. Relecture médicale par un radiologue interventionnel du service. Dernière mise à jour : juillet 2026.
